10 avr. 2009

Névrotique shopping


Le shopping me rend molle, folle et perplexe.

Naguère, lors de mon tendre âge, le problème était déjà épineux. Je détestais aller acheter des fringues avec mon père par ex. Je le voyais une fois tous les mois et il avait pour habitude de vouloir m’acheter des supers fringues, que, soi-disant, ma mère ne m’achetait pas. Entendez par là the panoplie de la petite fille princesse que je n’étais pas du tout. Je repartais toujours du coup avec des fringues affreuses qui restaient éternellement planqués en boule au fond de mon armoire. Moi, j’avais déjà opté pour le jeans, pull qui ressemble à keud et pompes destroy. Mon père vivait à Paris dans une banlieue étriquée et moi dans un petit village breton de 6 habitants. Mes activités de l’époque étaient : escalade dans les arbres, confection de cabanes, skate-cross dans les champs, confection de bouquets sauvages, rugby ( sauvage aussi !) avec mon frangin….bref, j’étais toujours un brin crassou, le cheveu fou, le jean vert et les genoux en sang. Alors, mon père avait honte de me voir débarquer à la gare Montparnasse avec, quand même, ma plus belle tenue bien proprette de fringues de petite meuf-mec.

Dès le lendemain, je me retrouvais coincée dans un rayon de jupes et de chemisiers à fleur, à devoir absolument choisir un truc pour lui faire plaisir. Je me souviens de ce mal-être qui m’habitait alors, cette sensation extrême de ne pas être à ma place. J’avais l’impression de devoir tenir un rôle, d’être pris au piège de la grande mascarade sociale « une fille doit mettre des jupes, et se doit d’être coquette et féminine ». Mon identité intime était violemment attaquée. Tout au long de mon adolescence, le problème était récurrent. Souvent revenait la question de la féminité, de l’apparence, du jugement, finalement, de ma construction en tant que femme. Pour eux, je niais mon côté féminin, rejetait les codes sexués et du coup, pensaient que je ne savais plus qui j’étais, ou que j'étais perdue peut-être. Or, si j’avais besoin de cette dualité, c'était justement pour me retrouver, naviguant entre les deux genres, cherchant ma place entre la jupe et le treillis, inventant mon genre.

Bref, au jour d’aujourd’hui, le problème est toujours bien présent quelque part. Lorsque je dois m’acheter des fringues, je me retrouve, hagard, à errer dans le rayon femme, à entr'apercevoir quelques trucs qui pourraient me plaire mais sans grande conviction, sans parler du problème discriminant des tailles, qui résout bien souvent cette hésitation. Alors, je vais fureter du côté homme. Et j’erre également, dépitée, car c’est pas ça non plus que je cherche. Donc je pioche dans les deux rayons de ce que je peux et puis après, j’attends (environ 1heure, après, je deviens très franchement désagréable...) ma mouf, qui, elle, a déjà choisi milles trucs à essayer et qui a envie d’acheter la moitié du magasin. Moi je ressors bredouille, un peu déprimée, d’où la mollesse.

Du coup, quand même, je trouve peu de plaisir à aller me confronter au monde arrogant des boutiques, leurs vendeuses pintades aux mèches blondes qui te matent de la tête aux pieds avec des yeux de poufs décérébrées, des tailles xxs, xs, m, voir xsL spéciales meufs gaulées comme des anorexique à jeun….Alors, j’achète mes fringues à Emmaus, dans les bouis-bouis, chez Dring-Fring, et c’est très bien comme ça de toutes façons.

Ceci dit, ce qui serait sympa quand même, c’est qu’il y ait des boutiques spécial butch, avec des fringues XY-XL and more, des sapes classes, funs, et des prix cools !!..........et je vous laisse imaginer les vendeuses !!!

Les boutiques sont à l’image de la répartition des genres dans la société hétéro étriquée : boy or girl, choose your side....

Pédée Sexuelle

2 commentaires:

Elly a dit…

Moi ce que j'aime bien dans le shopping c'est la partie «regardage de fringues» : les vendeuses me regardent toujours bizarrement quand je veux essayer le costume macho style mafieux italien et que je m'arrête au passage pour prendre *aussi* la jupe rose fluo de pouffe.

Par contre le passage «essayage» est vachement moins cool, vu que je suis plutôt XXL que XS et qu'en général rien ne me va. Du coup faut aller dans le rayon «grosses» ou y'a plus que les trucs moches (pour "couvrir les rondeurs", parce qu'une grosse on veut quand meme pas voir ses jambes ou son bide) et chers, en plus.

Bref, c'est vrai que c'est la galère quand tu rentres pas dans une norme ou une autre...

Chouke a dit…

Un peu la même galère, sauf que moi j'peux trouver des trucs au rayon enfant... le 16 ans me va souvent, et l'avantage des fringues pour enfants c'est que c'est plus souvent "unisexe", donc plus souvent mettable à mon goût :)